Pécresse : « Un lien entre terrorisme, immigration incontrôlée et intégration ratée »

À lire également dans le Point


EXCLUSIF. Ordre, réussite, fierté française… Candidate à sa succession à la région Île-de-France, Valérie Pécresse dévoile les lignes d’un projet très présidentiel.


l y a un temps pour tout. » Cette phrase bien connue de L'Ecclésiaste sied comme un gant à l'état d'esprit actuel de Valérie Pécresse. Méthodique, la présidente de la région Île-de-France, candidate à sa réélection en juin, franchit une haie après l'autre : les régionales d'abord, pour lesquelles elle est donnée largement en tête face à une gauche dont l'une des têtes d'affiche, Audrey Pulvar, est menacée de pulvérisation et un Rassemblement national porté par la valeur montante du parti, Jordan Bardella. Soucieuse de montrer aux électeurs de droite qu'ils auront le choix pour la présidentielle, Valérie Pécresse nous livre ses solutions pour le pays, face à un Emmanuel Macron qu'elle accuse d'avoir la main qui tremble et une Marine Le Pen qui se repaît selon elle des problèmes des Français. Pas encore candidate à l'Élysée mais déjà lancée vers 2022, elle regarde bien au-delà des frontières franciliennes, comme en témoigne le long entretien sur les questions régaliennes qu'elle nous a accordé. Une première pierre sur la longue route qui, espère-t-elle, la conduira jusqu'aux portes du pouvoir.


Le Point :Des militaires mettent en garde dans « Valeurs actuelles » sur une « guerre civile » latente. Adhérez-vous au discours décliniste selon lequel notre pays serait au bord du chaos ?


Valérie Pécresse : Notre nation se déchire, elle se fissure. Nous avons perdu l'envie de vivre ensemble, d'avoir un destin collectif, un ciment commun, parce que nous avons perdu notre fierté française. J'entendais récemment le président préconiser une « déconstruction » de l'histoire de notre pays. Eh bien, je prône précisément l'inverse : nous devons engager une reconstruction française pour remettre debout les repères qui forgent notre identité ! Reconstruire, c'est contrôler nos frontières, réduire l'immigration et affermir nos valeurs pour les transmettre à ceux que nous accueillons afin de mieux les intégrer. J'ai expliqué après l'attentat de Rambouillet qu'il existait à mes yeux un lien entre terrorisme et immigration. Cela a choqué, c'est pourtant la stricte réalité.


Ne cédez-vous pas ainsi à une « lepénisation des esprits », sous la pression électorale du Rassemblement national ?


Au contraire, c'est en refusant de voir la réalité en face qu'on fait le jeu du RN. Je ne mets pas un signe égal entre immigration et terrorisme. Il ne s'agit pas de mettre en cause l'immigration économique, de travail, qui a tant apporté à notre pays dans les Trente Glorieuses. Mais je constate, d'une part, qu'un attentat islamiste sur quatre a été commis par un étranger. D'autre part, que trois attentats sur quatre sont le fait de Français, dont l'immense majorité est issue de l'immigration, qui ont développé une haine de la France. Il y a donc un lien indéniable entre terrorisme, immigration incontrôlée et intégration ratée. Nous ne faisons respecter ni nos frontières, ni nos valeurs. C'est la double peine. Il y a urgence à réviser la directive européenne « retour » [celle qui permet le renvoi d'individus en situation irrégulière vers un pays autre que celui où ils sont nés, NDLR] et à instaurer une procédure d'asile à la frontière pour pouvoir renvoyer les clandestins dans leurs pays d'origine. Cela doit être un mandat impératif pour la présidence française de l'Union européenne en janvier 2022.


Emmanuel Macron pèche par angélisme sur les questions migratoires ?


Le jour où il accordait son entretien au Figaro sur la sécurité [le 18 avril, NDLR], il préconisait sur la chaîne américaine CBS une « déconstruction » de notre histoire. Sur les valeurs de la République, sur l'autorité, sur la sécurité, le « en même temps » ça ne marche pas ! On ne peut pas choisir son histoire de France. On ne peut pas choisir l'ordre à moitié. On ne peut pas vouloir plus de sécurité « et en même temps » maintenir la culture de l'excuse. Il y a deux angles morts dans la pensée du président. Le premier : comment faire pour que l'immigration soit choisie et l'intégration réussie ? Le second : la question de la sanction. Il ne suffit pas de dire qu'on veut « plus de bleu » en augmentant les effectifs policiers, encore faut-il que la réponse judiciaire soit au rendez-vous et que la peine soit exécutée. Les juges de Bobigny se plaignent de prononcer des « peines fictives », car jamais pleinement exécutées. En attendant les milliers de places de prison promises, je propose d'aménager sans délai des bâtiments publics en centres de détention et d'y placer des délinquants sous bracelet électronique, pour les éloigner de leurs quartiers et les mettre hors d'état de nuire.


Vous sentez une colère chez les Français sur ces questions d'autorité ?


Je pousse depuis plusieurs années un cri d'alarme qui n'est pas entendu. Dès 2019, je réclamais un choc d'autorité. En 2018, je proposais un vrai plan banlieue à Jean-Louis Borloo, chargé d'y réfléchir à la demande de l'Élysée. Mais son rapport a été jeté à la poubelle avec cette phrase terrible : « Ce ne sont pas deux mâles blancs qui vont régler les problèmes de la banlieue. » En racialisant le débat, Emmanuel Macron a commis une faute morale : celle de délégitimer les élus qui se battent au quotidien pour les habitants des quartiers populaires. Résoudre cette fracture passera par une stratégie de peuplement. Il faut arrêter d'ethniciser les quartiers. On a créé des ghettos pour acheter la paix sociale, on a fait du séparatisme urbain. Résultat : le tissu social s'est déchiré, comme en témoigne cette habitante de Montpellier qui a dit au président que son fils ne savait pas « que Pierre est un vrai prénom »… Seule la fierté française retrouvée et la laïcité seront les ciments qui feront vivre Pierre et Mohammed dans le même quartier. Notre région est la première à avoir établi une charte de la laïcité contraignante : l'association qui refuse de l'appliquer ne reçoit pas un centime de notre part.


Comment mettez-vous en place cette « stratégie de peuplement », concrètement ?


Je demande d'engager un plan sur dix ans pour casser les ghettos, en fixant une règle : pas plus de 30 % de logements très sociaux dans un quartier , pour que les classes moyennes soient majoritaires. C'est ce que je fais en Île-de-France et ça fonctionne. Nous devons déconstruire la doxa de gauche du « toujours plus de logement social au même endroit », qui conduit à concentrer toute la détresse sociale et les populations arrivées récemment et à créer des ghettos. Comme l'a montré Christophe Guilluy, quand les classes moyennes désertent un quartier, le niveau des écoles baisse. Or sécurité et éducation sont les deux piliers pour engager la reconstruction française. Les enfants qui grandissent dans les quartiers populaires doivent se dire : « Oui, le rêve républicain, pour moi, c'est possible. » C'était d'ailleurs notre ligne politique en 2007, sous Nicolas Sarkozy.


C'est aussi la philosophie d'un Bernard Tapie !


Vous ne croyez pas si bien dire : il y a dans ces quartiers une énergie entrepreneuriale qu'il faut encourager. Selon la façon dont on s'y prend, on fera de ces jeunes des délinquants ou des atouts pour la France. Je veux qu'être français soit synonyme de réussite. Ça passe par le travail, le mérite et certainement pas un RSA jeune. La gauche a supprimé les bourses au mérite pour les bacheliers défavorisés avec mention très bien. C'est l'inverse qu'il faut faire ! C'est pourquoi nous leur distribuons des bourses de 1 000 euros, ainsi qu'aux décrocheurs scolaires qui décident de reprendre leurs études. C'est un exemple de la France de la deuxième chance. Sécurité et éducation, cela veut dire construire les places de prison qui manquent, mais aussi assurer la formation des détenus. Je crois qu'une personne peut toujours s'amender, se réinsérer. Nous devons être fermes avec le crime, mais tendre la main à celui qui a payé sa dette.


Le RN surfe sur l'insécurité. Il accuse Emmanuel Macron de semer le « chaos ».


Marine Le Pen prospère sur les problèmes. Elle ne veut pas les régler, elle ne propose jamais de solution ! Lorsque nous avons voté le bouclier de sécurité à la région - une convention unique en France avec le ministère de l'Intérieur pour cofinancer des commissariats ou de la vidéoprotection -, les élus du RN ont eu la tremblote : ils ont refusé de le voter ! Le vrai rempart au Rassemblement national, c'est la droite républicaine. Nicolas Sarkozy est le seul qui ait réussi à faire baisser le vote FN, en 2007. Et c'est quand la droite assume ses valeurs d'ordre et d'autorité qu'elle peut reconstruire la France. J'ai installé le siège du conseil régional à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, à 300 mètres d'un carrefour de la fourgue et du deal, pour envoyer un message de reconquête. Je ne comprends pas pourquoi les ministères ne s'installent pas de l'autre côté du périphérique !

Le Parlement débat du projet de loi sur le séparatisme. Vous ne trouvez pas que le président a évolué sur ces questions depuis le début du quinquennat ?


Son inconstance interpelle les Français : quel Emmanuel Macron ont-ils en face d'eux le lundi, puis le mardi ? La France, ce n'est pas un choix à la carte. On ne peut pas être un jour un président communautariste et le lendemain afficher des positions chevènementistes. Moi, je trace un sillon droit : celui des valeurs de la République et de la laïcité. La défenseure des droits, saisie par le CCIF (Collectif contre l'islamophobie) - association dissoute depuis l'assassinat de Samuel Paty -, me reproche d'interdire les burkinis sur les îles de loisirs de la région. Les Verts et le Front de gauche ont refusé de voter l'interdiction du burkini. Ils disent défendre les droits des femmes mais acceptent leur soumission. Nous avons une partie de la gauche islamo-gauchiste qui a perdu sa boussole républicaine. Si elle s'emparait de la première région de France, cela conduirait au chaos. Je le dis clairement : pour la gauche, ne pas poser une cloison étanche avec les Insoumis, contrairement à ce que la droite fait avec le RN, c'est un poison mortel.


Ces propositions, c'est votre contribution au débat national à l'aube des échéances de 2022 ?


J'aime ma région, j'aime mon pays, et je constate que tous les problèmes que j'ai identifiés dans ma région sont ceux de mon pays, donc je ne vais pas me taire. Mon message sur l'autorité ou l'efficacité de l'action publique est national. Ce que je fais pour la région, je le veux pour la France. J'ai la conviction que les solutions de la droite sont les bonnes pour le pays. Une droite qui assume ses valeurs : l'ordre - je suis une femme d'ordre -, la liberté - j'ai quitté Les Républicains pour avoir une parole libre -, la valeur travail et le mérite. Ces valeurs, on ne doit les laisser ni à l'extrême droite, ni à Emmanuel Macron. Ma droite, c'est la droite authentique, celle de Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy, qui, parce qu'elle est fidèle à ses valeurs, n'a pas peur de s'ouvrir. Quand la droite se rétrécit, elle perd ; quand elle s'élargit, elle gagne.


Vous louez Sarkozy sur les questions régaliennes. Vous reprenez aussi à votre compte ses propos de 2016 : « Dès que l'on devient français, nos ancêtres sont gaulois » ?


Bien évidemment, car c'est notre roman national ! Il y a, dans le rebelle Vercingétorix ou l'indomptable Jeanne d'Arc, le « Tigre » Clemenceau ou le résistant de Gaulle, des destins universels pour vibrer ensemble. Les Gaulois, c'est notre histoire, même si nous ne sommes pas tous gaulois.


Si vous remportez les régionales, vous vous présenterez à la présidentielle ?


Nous faisons face à des enjeux régionaux importants, et je ne me tromperai pas d'échéance. Aujourd'hui, mon engagement pour l'Île-de-France est à 100 %. Si la région capitale devient décroissante, indigéniste et islamo-gauchiste, ce sera dramatique pour tout le pays. Vous ne me détournerez pas de ce combat.


Pourquoi ne pas le dire clairement, comme Xavier Bertrand ?


Vous vous posez des questions que je ne me pose pas. Elles ne se posent pas tant que les Franciliens ne me renouvellent pas leur confiance. S'ils ne le font pas, je quitterai la vie politique. Si je n'ai pas la confiance de mes administrés après leur avoir donné six ans d'amour et d'énergie, ce ne sera plus la peine pour moi de poursuivre. Oui, je veux sortir la France de cet étau Marine Le Pen-Emmanuel Macron dont personne ne veut. Je mettrai toute mon énergie pour que ce duel n'ait pas lieu. Ça passe par la reconstruction d'une grande force politique de la droite et du centre, par la constitution d'une équipe, le choix d'un leader, mais ce sont des sujets qu'il faudra aborder en temps et en heure.


Pourriez-vous apporter votre soutien à Xavier Bertrand s'il était le mieux placé pour éviter un nouveau match Macron-Le Pen ?


Toutes les ambitions sont légitimes. Quant à moi, je souhaite que la droite porte un certain nombre de sujets dans les prochains mois, qui sont les défis de la France contemporaine : immigration, intégration, banlieue, mais aussi éducation, écologie et progrès. J'apporterai toutes mes forces à cette « dream team » de droite que nous devons faire émerger pour éviter un remake du second tour de la présidentielle de mai 2017.


Marine Le Pen peut-elle être élue présidente de la République ?


Oui. Quand le pays est en colère, il ne vote pas pour, il vote contre. Son élection nous conduirait à la faillite économique et républicaine. Les deux.


Les Marcheurs murmurent que vous avez vocation à devenir Première ministre si Emmanuel Macron est réélu. Pouvez-vous nous dire, de la façon la plus claire qui soit, que ça ne vous intéresse pas ?


Pour moi, c'est non. Parce que son projet n'est pas le mien. Parce que le « en même temps » ne marche pas. Je ne sais pas faire de la godille politique, ce n'est pas mon ADN. Ce n'est pas comme ça qu'on obtient des résultats. À trop vouloir ménager la chèvre et le chou et à gouverner à coups de sondages, certes on garde sa popularité mais on finit avec un bilan qui n'est pas à la hauteur. Où sont les grandes réformes ? L'État est en faillite - François Fillon l'a dit dès 2007 -, et nous avons réendetté la France de centaines de milliards d'euros avec la crise du Covid. Oui, il fallait une dose de morphine pour amortir le choc de la crise, mais comment enlève-t-on la perfusion sans une réforme radicale de l'État, sans mettre fin à tous les gaspillages, sans supprimer nos normes tatillonnes ? Il faut en finir avec l'enfer bureaucratique qui nous met des boulets aux pieds.


Emmanuel Macron vient justement d'annoncer la suppression de l'ENA …


Expliquer que la crise n'a pas été gérée par la faute des énarques, quelle démission du politique ! Si la crise a été mal gérée, c'est parce que les politiques n'ont pas su diriger leur administration. Je travaille avec des fonctionnaires à la région, et je peux vous dire que ce sont des machines de guerre avec une culture du résultat. Le gouvernement fait des fonctionnaires et des corps de l'État les boucs émissaires de la défaillance des politiques. C'est injuste. Si on baisse le niveau de recrutement de la fonction publique, ce sera bien pire. Il n'y aura pas de reconstruction française sans transmission aux jeunes de l'éthique du service public.