Valérie Pécresse : "Mettons fin au financement étranger des mosquées"

Interview de Christine Ollivier à lire dans le JDD


Vous avez mis en garde contre « l’entrisme » des islamistes. Qu’entendez-vous par là ?

Le séparatisme évoqué par Emmanuel Macron est un des aspects de l’islamisme, mais pas le seul. Le diagnostic du Président est incomplet, et donc ses remèdes sont largement insuffisants. L’islamisme, c’est aussi une volonté de prise du pouvoir, avec une stratégie d’entrisme dans les structures de la vie sociale : dans les associations et les clubs sportifs, en prison, dans les écoles et hôpitaux… Il serait naïf de ne pas voir les visées politiques de ceux qui veulent placer la loi religieuse au-dessus de la loi de la République. C’est pour ça que le principe de la laïcité, que le Président a balayé d’un revers de main, est central : elle affirme la supériorité de la loi de la République, tout en s’appliquant de la même manière à toutes les religions, sans discrimination.


Comment lutter contre cet « entrisme » ?

Il y a un combat quotidien à mener pour la laïcité. En Ile-de-France, des imams célèbrent des mariages religieux sans mariage civil préalable. Ce sujet est passé sous silence, alors que cela revient à laisser la religion gérer le droit civil, et donc à autoriser, de fait, la répudiation des femmes ou la polygamie. Les sanctions contre ces pratiques doivent être exemplaires et les mosquées concernées fermées. A la Région, nous avons mis en place une Charte de la laïcité pour lutter contre le prosélytisme dans le tissu associatif. Le principe est simple : pour recevoir de l’argent public, il faut respecter la laïcité. Notre charte a été copiée et plusieurs maires l’ont intégrée dans leur programme. Nous avons aussi mis en oeuvre une formation à la détection de la radicalisation dans les clubs sportifs. Je propose par ailleurs que toute personne souhaitant travailler dans la fonction publique prête serment de respecter et faire respecter la loi de la République. On ne peut pas céder d’un pouce dans toutes ces situations de la vie quotidienne. Il y a eu trop de de «petits Munich», de lâchetés face à l’islam politique. Nous devons être intransigeants.


Macron veut mettre fin au système des imams détachés par des Etats étrangers. A-t-il raison ?

Le Président souhaite libérer l’islam de France des ingérences étrangères. Je ne peux qu’approuver. Mais c’est maintenant, et pas en 2024, qu’il faut engager avec le CFCM (Conseil français du culte musulman, NDLR), sur la partie théologique, et l’université sur la partie laïque, des formations des imams, comme j’avais essayé de le faire comme ministre de l’université. De même, sur le financement des lieux de culte, il faut aller plus loin. Je propose d’en finir avec le financement étranger des mosquées en appliquant aux lieux de culte la règle en vigueur pour les partis politiques : ni un Etat étranger ni une personne étrangère, sauf si elle réside en France, n’a le droit de financer un parti.


Une église orthodoxe a été construite récemment à Paris avec un soutien financier russe. Ce ne serait donc plus possible ?

La même règle doit s’appliquer à tous. La priorité c’est de mettre fin aux financements venant de l’étranger pour le fonctionnement quotidien des cultes.


Quid des dons étrangers pour la reconstruction de notre Dame par exemple ?

Notre-Dame de Paris est un établissement cultuel mais aussi une œuvre d’art. Au titre de la rénovation du patrimoine, l’Etat et les collectivités participent déjà à la rénovation de synagogues, de mosquées ou d’églises, donc il est tout à fait possible de faire la distinction. On ne peut plus tergiverser sur ces sujets. Il faut arrêter d’être naïfs, y compris devant ce concept assez diabolique d’islamophobie.


Pourquoi diabolique ?

C’est un piège car il utilise l’arme de la victimisation pour empêcher toute critique. Attention aux liaisons dangereuses entre une partie de la gauche et les islamistes. Personne n’aime être injurié dans sa religion et je ne cautionne pas les propos de Mila, mais qu’elle ait fait l’objet de menaces de mort sans que les féministes ni une partie de la gauche ne prennent sa défense est révélateur. Récemment, une  formation à l’université Paris 1 des imams de la grande mosquée de Paris à la prévention de la radicalisation a été annulée sous la pression de collectifs d’enseignants qu’il faut bien qualifier d’islamo-gauchistes. Notre charte de la laïcité a été attaquée à la Région par EELV, le Front de gauche et les socialistes. Une partie de la gauche est en train de trahir ses idéaux en refusant de défendre d’abord les lois et valeurs de la République.