Les réponses de Valérie Pécresse au questionnaire du sociologue Bruno Latour sur l’après Covid



Valérie Pécresse a répondu pour « Le Nouvel Observateur » au questionnaire du sociologue Bruno Latour sur le monde d’après Covid : qu’est-ce qu’on jette ? Qu’est-ce qu’on garde ? Qu’est-ce qu’on invente ?

1) Quelles sont les activités qui ne devraient pas reprendre?

Plutôt que des secteurs activités, ce sont des habitudes et des comportements qui à mon sens devraient être renvoyés au passé


 - Le travail à 100% en présentiel : le confinement a fait découvrir à beaucoup d’habitants des métropoles urbaines stressés par des heures de transports saturés ou d’embouteillages, la qualité d’une vie au travail sans transports. Le télétravail peut sortir gagnant de cette crise. Et permettre à chacun de choisir son lieu de vie, y compris de faire vivre sa famille à distance des grands centres urbains pour retrouver une qualité de vie perdue.


- Les horaires de travail fixes et uniformes : dans les métropoles, la congestion des transports pollue et stresse. La crise nous apprend que les entreprises peuvent s’organiser autrement, et nous aussi. Avec l’étalement des arrivées et des départs du bureau sur des plages plus larges, nous utiliserons de manière optimale des réseaux qui sont vides les trois-quarts de la journée et saturés trois heures par jours. 


- Le gaspillage : avec les besoins que la crise fait apparaitre, au premier rang desquels les besoins alimentaires, mais aussi de masques, de blouses, de gants...nous avons appris qu’il fallait arrêter de gaspiller nos ressources. C’est ainsi que la région a décidé de racheter tous les surplus agricoles pour les distribuer gratuitement aux banques alimentaires. Nous avons aussi ouvert les internats des lycées qui étaient fermés pour accueillir les sans-abri et réalisé des distributions alimentaires dans ceux-ci. 

2) Quelles sont les activités qui devraient être transformées ?

- Notre santé : la peur de la contagion a permis paradoxalement de dé-saturer les urgences hospitalières. Il faut garder ce principe : on ne se présente pas aux urgences sauf si on y a été autorisé préalablement par un professionnel de santé, consulté par télémédecine. Ainsi, on pourra recentrer les forces de l’hôpital sur les soins qui les nécessitent. De même la production de médicaments et de produits de santé devra être relocalisée en France pour assurer notre indépendance sanitaire.


- Notre enseignement : la pédagogie en petite groupe et le recours au télé-enseignement vont devenir la norme. Les cours magistraux seront enfin filmés et mis à la disposition de tous les élèves. Cela signifie qu’un effort particulier devra être fourni pour combler la fracture numérique entre les élèves et les étudiants.


 - Nos transports : il faudra économiser nos transports collectifs et ne plus les saturer, car ils peuvent être propagateurs de virus. Mais, le risque du retour du véhicule individuel nous oblige à poursuivre à marche forcée la transformation des motorisations vers les solutions zéro carbone et silencieuse. Je propose que la « prime à la casse » des véhicules polluants soit renforcée et élargie après le déconfinement. Nous maintiendrons par ailleurs la prime régionale de 500€ pour l’achat d’un vélo électrique, et lancerons la réalisation du RER Vélo. 


- La construction : avec le développement massif du télétravail, les programmes d’immobilier de bureau vont perdre leur modèle économique. Il faudra transformer des milliers de bureaux en logements bas carbone, pour remédier à la crise du mal logement des centres urbains que le confinement a mis encore plus en évidence.

3) Quelles sont les nouvelles activités qui doivent se développer ?


 -L’industrie de proximité : avec la fermeture des frontières que nous vivons, la question de la souveraineté économique et de l’autosuffisance se pose de manière criante. Elle impose de relocaliser une industrie de transformation en France, du domaine agro-alimentaire, à celui de la production industrielle ou électronique. 


- Le numérique : la fibre doit être rapidement déployée en tout point du territoire pour permettre le travail à distance et un nouvel aménagement du territoire. La conception de plateformes numérique réunissant les commerces de proximité dans chaque ville permettrait de faire naître un écosystème concurrent de celui des GAFAM et de diminuer l’impact carbone du secteur logistique.


 - l’Economie sociale et solidaire : le tissu associatif reste encore trop démuni pour faire face à tous les défis de la crise sociale qui nous attend. Reconversion, réinsertion, recyclage et métiers du lien social : nous allons avoir besoin de faire grandir ce secteur et de le professionnaliser.