« Je suis candidate à la présidence de la République pour restaurer la fierté française »

Par Marion Mourgue. Lire l'interview sur Le Figaro




LE FIGARO. -Vous aviez annoncé réfléchir à une possible candidatureà la présidentielle. Où en êtes-vousde votre réflexion?


Valérie PÉCRESSE. - Je suis candidate à la présidence de la République pour restaurer la fierté française. Je ne supporte plus qu’on parle au lieu d’agir. Nous devons rompre avec dix ans de mauvais choix, de demi-mesures, d’indécisions, et en fin de compte d’affaissement de notre pays. Je veux faire plutôt que chercher à plaire. Après un quinquennat pour pas grand-chose, et je le dis à regret, avec très peu de réformes, comme celle repoussée des retraites, des figures d’autorité abaissées et contestées, nos lois bafouées, des déficits abyssaux, des fractures accrues. Je veux remettre le pays en ordre. En 2022, la France doit prendre un nouveau départ. Cet été, je parcourrai le pays à la rencontre des Français pour enrichir mon projet.


Vous aviez indiqué vouloir le dire à la fin de l’été. Pourquoi le faire maintenant ?


J’avais pris l’engagement de lancer 80 % de mon programme régional dès juillet. C’est chose faite depuis aujourd’hui. Je fais de la politique par la preuve et les engagements tenus sont la clé pour que les Français retrouvent la confiance dans la politique.


Est-ce une candidature qui passe par la primaire de la droite? Reprenez-vous votre carte aux Républicains ?


Je me présenterai en femme libre. Mais, nous avons un devoir d’unité et de jouer collectif, car il faut un seul candidat de l’alliance de la droite et du centre pour l’alternance. Je n’ai pas peur de la primaire. Je ferai tout pour gagner et rassembler.


Je n’ai pas peur de la primaire. Je ferai tout pour gagner et rassembler. - Valérie Pécresse

Mais Xavier Bertrand refuse de se soumettre à un système de départage. Ne craignez-vous pas deux candidatures de droite au premier tour de la présidentielle?


C’est aux Français de la droite et du centre de décider. Personne n’a la légitimité de les priver de ce choix.


Que répondez-vous à ceux qui vous voient comme une future premier ministre de Xavier Bertrand, voire d’Emmanuel Macron?

Les femmes ne sont pas là pour jouer les numéros deux. Par ailleurs, pour ceux qui l’auraient oublié, Emmanuel Macron a envoyé cinq ministres face à moi aux régionales. Je suis prête à être la première femme présidente de la République.


La France est confrontée à une quatrième vague épidémique. Les mesures prises par le gouvernement vous semblent-elles suffisantes?


Face à un variant Delta contagieux et dangereux, il n’y a pas d’autre choix: vacciner, convaincre, aller vers les publics défavorisés ou isolés et les jeunes. C’est ce que nous faisons à la région avec nos centres de vaccination dans les îles de loisirs. Le durcissement du passe sanitaire reste beaucoup moins contraignant qu’un confinement.


Les Français s’inquiètentd’une insécurité croissante.Comment y répondre?


En matière de sécurité, le «en même temps» est une impasse. La priorité numéro un, c’est notre justice à qui on doit donner, enfin, les moyens de défendre les victimes, avec une culture du résultat: comparution immédiate systématique pour les flagrants délits, jugements rendus - appels compris - en moins de 6 mois pour toutes les violences et délits du quotidien, peines exécutées dans les 3 mois, des travaux d’intérêt général aux peines de prison. La bonne justice est une justice rapide.


Mais cela fait dix ans qu’on nous promet 15.000 places de prison. On ne va pas les construire en quelques jours… Comment fait-on alors pour mettre hors d’état de nuire les délinquants?


Il faut accepter de différencier les prisons selon la dangerosité des détenus. Nous pourrions installer rapidement des centres fermés dans des bâtiments existants ou modulaires pour les primo condamnés non violents pour les priver de liberté. Cela comblerait en partie le manque de places de prison et cela éviterait le retour dans leurs quartiers des condamnés sous bracelet électronique, qui est vécu comme une provocation par les victimes. Un pays sans sanctions dissuasives, c’est un État de droit bafoué.


Éric Dupond-Moretti a obtenu une augmentation de 8 % du budget dela Justice. Vous dites qu’il faut aller plus loin. Mais avec quel argent?


Nous sommes en dessous de la moyenne européenne pour le budget de la sécurité et de la justice alors qu’on est le pays champion du monde des impôts. Augmenter le nombre de juges, doubler le nombre de greffiers, accroître le nombre de places de prison, cela a un coût. Je veux remettre de l’ordre dans les dépenses publiques, faire la chasse à tous les gaspillages. Cela n’a pas été fait depuis Nicolas Sarkozy! Je l’ai fait à la région en supprimant chaque dépense inutile.


Il faut stopper l’immigration actuelle. Tous les dispositifs d’entrée en France sont détournés. - Valérie Pécresse

La question de l’immigration s’installe au cœur des débats pour 2022. Xavier Bertrand veut mettre «un terme à l’immigration clandestine», Michel Barnier propose «un moratoire» sur l’immigration. Que proposez-vous?


Il faut stopper l’immigration actuelle. Tous les dispositifs d’entrée en France sont détournés. Je propose que les demandes d’asile soient déposées obligatoirement dans nos ambassades ou à la frontière et de généraliser la procédure d’asile accélérée qui existe par exemple à Roissy. Au bout de deux mois, si le demandeur d’asile est débouté, il repart, il ne rentre pas dans notre pays.


Les mineurs isolés sont en train de devenir une autre forme d’immigration clandestine. Comment y faire face?


Il faut systématiser les tests osseux puisqu’une grande majorité de ces «mineurs» ne l’est pas. Pour tous ceux qui refuseraient, il y aura une présomption de majorité, et comme tous les clandestins, ils seront renvoyés chez eux.

Qu’en est-il des étudiants qui voudraient étudier en France? Parfois, venant via la voie du regroupement familial.


Il faut instaurer un test national de langue et de niveau pour éviter les faux étudiants. Quant au regroupement familial, il doit être conditionné à des ressources vraiment suffisantes pour faire vivre sa famille. Il faut exiger la maîtrise du français et le respect des valeurs de la République. Si je suis aussi ferme sur l’immigration, c’est que je veux réussir l’intégration. La République façon puzzle, ça suffit! C’est à ceux que nous accueillons de respecter nos lois. J’ai mis en place la première charte de la laïcité en France, qui fait référence: pas un euro d’argent public versé aux ennemis de la République.

La société française a-t-elle atteint«le seuil de tolérance», selon le terme utilisé par François Mitterrand: avec l’idée qu’au-delà d’un certain seuil, l’immigration affecte la cohésionde la société d’accueil.

L’immigration incontrôlée sans intégration peut disloquer une société. Instaurons des quotas votés chaque année par le Parlement. Pour réussir l’intégration, je me suis inspirée du plan danois: pour éviter les ghettos et permettre la mixité sociale, il faut interdire plus de 30 % de logements très sociaux dans un quartier. C’est comme ça qu’on peut transmettre nos modes de vie et nos valeurs, combattre le séparatisme et faire fonctionner l’ascenseur social. Et faire tout simplement aimer la France!


Est-ce possible de faire aimer la France quand son histoire est contestée, quand elle est jugée «raciste» par certains?


On ne cimente pas un peuple, on ne le fait pas grandir, en lui faisant baisser la tête et avoir honte de ce qu’il est. La fierté française retrouvée, ça commence par l’éducation et la transmission de notre récit national. Là aussi, il y a urgence républicaine au vu de la baisse de notre niveau scolaire et de la pénurie d’enseignants. Les jeunes ne veulent plus devenir enseignants car il n’y a plus de respect du maître. On ne peut rien apprendre dans le désordre. Tout commence par la discipline. Les élèves les plus perturbateurs exclus définitivement d’un établissement doivent être accueillis dans des structures à encadrement renforcé.


Les savoirs fondamentaux peinent de plus en plus à être acquis à l’école. Comment y remédier?


Il y a eu un début de réponse avec le dédoublement des classes de CP par le gouvernement, mais cela ne suffit pas. Je propose un examen à l’entrée de la 6e avec des classes de rattrapage pour tous ceux qui sont en échec. Aucun enfant ne doit être laissé derrière. Je veux créer une réserve éducative d’enseignants retraités mobilisés pour l’aide aux devoirs. Je souhaite aussi convaincre des salariés de faire une deuxième carrière comme enseignant. Il faudra oser créer des établissements d’excellence dans les quartiers populaires et les territoires ruraux, avec des pédagogies innovantes et l’autonomie de recrutement des professeurs.


L’apprentissage a de plus en plus de succès chez les jeunes. Comment peut-on le développer?


Je supprimerai toutes les cotisations patronales pour généraliser l’apprentissage dans les TPE, pour que les entreprises aussi participent à ce grand projet de «nation éducative».


Ne craignez-vous pas des résistances dans la société française face aux réformes que vous proposez?


Je crois au génie français. Les Français ont une formidable intelligence et créativité. Le jour où on arrêtera de les emmerder, comme dirait Pompidou, ils réaliseront des choses extraordinaires. On sait à quel point nos chercheurs sont entravés dans leurs innovations. Il faut s’attaquer à l’enfer bureaucratique, simplifier les normes, le code du travail, de l’urbanisme, etc. C’est un travail titanesque. Ce sera source de liberté, de rapidité et d’économies. Arrêtons de vouloir faire passer tout le monde sous la même toise. Il ne faut pas avoir peur de la différenciation ni de l’expérimentation. Il ne faut pas craindre de décentraliser au plus près des habitants en s’appuyant sur les collectivités, les entreprises et les associations. Pour faire table rase du système, il faut le connaître, comme je le connais, de l’intérieur!


On entend peu la droite sur les questions d’écologie. Elle est pourtant devenue une préoccupation majeure, notamment des jeunes.


Face à l’urgence climatique, je me suis emparée de l’écologie, mais une écologie qui croit au progrès et qui ne laisse personne sur le bord du chemin. Faisons de l’écologie non pas une punition , ni une source de blocage, mais une arme pour la croissance et l’emploi. Quand les pays ne respectent pas nos normes écologiques, taxons leurs produits à la frontière, faisons jouer la préférence européenne. Arrêtons de nous laisser marcher sur les pieds, exigeons la réciprocité de l’ouverture des marchés publics. Le prochain président de la République élu en avril prendra la présidence de l’Union européenne. Il devra faire prendre un tournant à la construction européenne pour qu’elle protège vraiment ses frontières et ses emplois.

Depuis dix ans, la politique familiale a été démantelée, avec aujourd’hui une baisse de la natalité. Proposerez-vous des modifications?


Face au double défi du déclin démographique et de l’allongement de la durée de la vie, je propose un renouveau de la politique familiale, basée sur l’universalité, en développant les solidarités de proximité. Il faut ainsi élargir la défiscalisation des emplois de service pour nos familles et nos aînés et créer un vrai statut pour les aidants familiaux.