« Il n’y a pas de candidat naturel qui a émergé. Cet été, je compte faire entendre ma voix »

En déplacement au festival d'Avignon, Valérie Pécresse a répondu aux questions de La Provence



En maintenant ne pas vouloir passer par une primaire à droite, Xavier Bertrand fait-il une erreur ?


La vraie nouvelle, c’est que la droite va gagner en 2022. Parce que nos idées sont plébiscitées dans le pays. Nous avons gagné les batailles de la crédibilité et du rassemblement. La double question concerne le projet et la personnalité. Il y a une ardente obligation à rassembler. Une équipe de France a émergé, elle est compétente et efficace. Mais les gens ont le droit de choisir le chef d’équipe et son projet. On ne peut pas jouer solo dans cette affaire. Moi, je suis vaccinée deux fois : contre le covid et contre les divisions de la droite. Xavier Bertrand n’est donc pas sur la bonne voie...


Vous restez favorable à une primaire à droite ?


L’heure est au débat d’idées. Il n’y a pas de candidat naturel qui a émergé. Cet été je compte faire entendre ma voix. L’heure des femmes est venue. On le voit avec Carole Delga en Occitanie, Christelle Morançais dans les pays de la Loire, Martine Vassal ou Eliane Bareille dans le Sud.


Est-ce seulement une question d’époque ?


Les femmes ont le sens de la solution, du concret et de l’efficacité. En Ile-de-France, la Région était passive. Je l'ai remise en ordre et en mouvement. Au niveau national c'est pareil, il faut une vraie rupture avec le « en même temps » du macronisme qui crée l’immobilisme. Or, ce qui va se jouer en 2022, c’est la place de la France dans le monde, au sein d’une Europe faisant face à la Chine et aux Etats-Unis notamment. Nous devons retrouver la fierté française, ça passe par un choc d’autorité. Et aussi par un moratoire sur l’immigration. Il faut revoir toutes les régles car elles sont bafouées, sur le retour des clandestins, les mineurs isolés, le droit d’asile... Il faut aussi un choc d’éducation. L’intégration ratée a créé des fissures dans notre société. L’éducation, la culture, la langue française doivent être prioritaires. Je suis à Avignon pour évoquer ces questions culturelles. Tout commence à Avignon.


Vous parlez du début de votre campagne présidentielle ?


Je veux faire entendre ma voix. J’ai été réélue en Ile-de-France, dans une région où les enjeux de la sécurité, du séparatisme, de la laïcité sont extrêmement forts, alors qu’Emmanuel Macron avait envoyé cinq ministres face à moi. J’ai l’expérience et la volonté. Jean-Pierre Raffarin m’avait un jour comparée à un tracteur. En effet quand Emmanuel Macron est dans une godille politique, je trace mon sillon droit. Après avoir mis en place mon bouclier de sécurité, je veux passer aux sanctions. Je suis prête à organiser les travaux d'intéret général, à financer des places de prison. Pareil pour l’écologie: la mienne c'est celle des solutions.


Le Sénat refuse l’idée d’un référendum sur le climat...


On n’est pas là pour faire des référendums sur lesquels tout le monde est d’accord. L'écologie doit devenir un atout pour l'emploi. Imposons une taxe carbone aux frontières pour les pays qui ne respectent pas nos normes environnementales. Instaurons enfin la préférence européenne. Un jour, en Seine-Saint-Denis, un responsable d’association m’a surnommée "la dame de faire" parce que j’avais ENFIN mis du vert dans le béton. Je veux porter cette écologie positive au niveau national, comme je veux porter mes idées neuves sur la sécurité ou la destruction des ghettos urbains.


La droite prend-elle un risque en organisant une primaire à l’automne ?


Ce sera le bon moment. Il faut un projet clairement à droite, assumé. Un projet qui libère les énergies de l’enfer bureaucratique. Qui fait le choix de l’hyper décentralisation en donnant des compétences fortes aux régions. Pôle Emploi, les agences régionales de santé, les autoroutes, la rénovation urbaine. Il ne faut pas avoir peur d’un départage sur des idées, des choix clairs. Nos idées gagneront cette élection présidentielle d’une manière ou d’une autre. Mais personne n’a le droit de préempter ce choix.


Entre Macron et Le Pen, où se situe l’espace de la droite ?


Vous avez vu que 80% des Français ne veulent pas de duel annoncé. Macron et Le Pen viennent sur notre espace. C’est parce que nous avons les bonnes idées et la compétence. Marine Le Pen cherche à venir vers nous, mais elle garde des antisémites, des amis de Dieudonné, des gens infréquentables auprès d’elle. Elle est le loup déguisé en grand-mère. Je ne crois pas que les Français lui donneront les clés.


Croyez-vous le parti Les Républicains capables de gagner la présidentielle ?


Pour gagner il faut reconstituer une très large alliance de la droite et du centre comme nous l'avons tous fait dans nos régions. Avec les Républicains bien sûr, mais bien au-delà, comme Chirac et Sarkozy l'avaient fait en 2002 et 2007.