Handicap : un combat pour la dignité ! - Tribune de Valérie Pécresse




J’ai la fierté d’appartenir à une famille politique, la droite et le centre, qui a su mobiliser l’action publique pour les personnes en situation de handicap : en 1975, avec Valéry Giscard d’Estaing et Simone Veil, et trente ans plus tard avec Jacques Chirac qui avait fait de cette exigence morale un des trois chantiers de son quinquennat. Ces grandes lois ont apporté des progrès majeurs.


Mais des situations d’inégalités et de discriminations persistent auxquelles je ne peux me résoudre. Ma conviction, c’est qu’il faut arrêter de parler d’inclusion à longueur de discours, mais qu’il faut la faire !


À l’école, en entreprise


Cela commence au plus jeune âge. L’accès à l’école reste un mirage pour de nombreux enfants handicapés. Je veux que la scolarisation en milieu ordinaire soit mise en œuvre jusqu’à la fin du collège, à chaque fois que c’est possible. Les enfants qui ont des besoins spécifiques doivent pouvoir être accompagnés par des personnes formées et valorisées. Encore aujourd’hui, des milliers de compatriotes n’ont trop souvent d’autres choix que d’envoyer leurs enfants en Belgique. Les institutions d’éducation spécialisée doivent être en France davantage soutenues et leurs personnels beaucoup mieux considérés.


L’inclusion réelle passe ensuite pour ceux qui le peuvent par l’accès à la vie professionnelle. Les dispositifs de formation doivent leur être largement ouverts. En entreprise, je donnerai comme je l’ai fait en Île-de- France, un grand coup d’accélérateur : il y a trop d’entreprises ou même d’associations qui s’exonèrent de leurs obligations d’emploi de 6 % de personnes handicapées en payant simplement une taxe.


Une obligation de résultats


Celles des personnes en situation de handicap qui doivent vivre dans des institutions doivent trouver les structures adaptées facilement. L’enfer bureaucratique de notre pays a terriblement compliqué le fonctionnement des Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH). Le mille- feuille territorial et les procédures ont encore compliqué le « parcours du combattant » que décrivent toutes les familles concernées. Il faut radicalement simplifier ! Alléger les normes qui pèsent sur la création de structures et services innovants. Harmoniser les politiques de reconnaissance et de compensation du handicap qui varient dans le pays et parfois au sein d’une même région. L’État doit avoir une obligation de résultats et proposer un véritable accompagnement des familles et des personnes jusqu’à l’effectivité de leurs droits.


Les associations gestionnaires ont également besoin d’être soutenues. Elles tirent depuis plusieurs mois le signal d’alarme concernant la pérennité de leurs structures. Leurs difficultés de recrutement sont de plus en plus inquiétantes. Les métiers de l’accompagnement spécialisé ont besoin d’être plus attractifs et il est juste qu’ils bénéficient pleinement des avancées du Ségur de la santé dont ils ont été parmi les oubliés.


Sans action rapide, des milliers de familles se retrouveront à nouveau sans solution alors qu’elles sont confrontées à l’autisme, au polyhandicap, au handicap psychique, au vieillissement des personnes en situation de handicap mental ou encore à la myriade des handicaps invisibles.


Le pays tout entier doit se réinterroger


Enfin, véritable combat pour la dignité et l’émancipation, on ne peut plus tolérer qu’on cal‐ cule l’Allocation aux adultes handicapés (AAH) en tenant compte des revenus du conjoint. Cette demande, dé‐ fendue par les personnes concernées et leurs associations représentatives, se heurte à un refus obstiné et incompréhensible de la part d’Emmanuel Macron et de son gouvernement.


Il est pourtant évident que cette allocation n’est pas un revenu minimum comme les autres. On ne peut laisser maintenir les personnes en situation de handicap, et notamment les femmes, dans un état de dépendance financière humiliante vis-à-vis de leur conjoint.


Au-delà de tous ces défis, je veux lutter contre la résignation et remettre de l’espérance dans la vie des familles qui s’épuisent et perdent confiance. À leurs côtés, fraternellement, notre pays tout entier doit se réinterroger sur la façon dont il accueille, considère et accompagne la fragilité, la différence, la dépendance. L’accessibilité concrète, physique ou virtuelle, à tous les services doit être pensée par chacun. Quand il parlait de handicap, le président Chirac insistait sur le fait que répondre à cette exigence fondamentale d’égalité des droits et des chances était l’honneur, mais devait être aussi l’ambition de notre République. J’ai cette ambition.