« L’État ne doit pas reproduire les erreurs du passé »

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Après l'intervention du président Emmanuel Macron, qui a annoncé mercredi 28 octobre un reconfinement de tout le pays pour au moins un mois face à l'aggravation de l'épidémie de Covid-19, la présidente (ex-LR) de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse demande à l'Etat de travailler avec les régions sur la politique des tests. Elle souhaite organiser leur déploiement dès la semaine prochaine dans 50 gares.



La France va « retrouver le confinement ». Quelle est votre réaction ? Le fallait-il ?

Je crois que nous sommes forcés d'aller vers ce reconfinement pour sauver des vies. Mais j'entends le désarroi, l'incompréhension et la colère des Français. C'est vrai que le gouvernement donne le sentiment de courir après la pandémie depuis plusieurs semaines, alors que la deuxième vague aurait dû être anticipée. Mais aujourd'hui l'urgence, c'est l'action, il faut se retrousser les manches.

Emmanuel Macron parle de « juste équilibre » entre protection de la santé, et du tissu économique. Il l'a trouvé, cet équilibre ?

Ce nouveau confinement ne peut pas être identique au précédent, sinon cela veut dire qu'on n'a rien appris. Donc, oui, il faut maintenir autant que possible l'activité économique, l'enseignement. Il y a un meilleur équilibre qu'en mars dernier, mais cet équilibre va surtout reposer sur notre capacité à tester rapidement, efficacement et en temps réel. Il faut tester massivement la population. J'appelle l'Etat à ne pas reproduire les erreurs du passé, à ne pas faire tout seul ce qu'il a fait tard et mal. Nous, présidents de régions, demandons à ce qu'on nous fasse aussi confiance sur les tests. Je veux pouvoir organiser leur déploiement dès la semaine prochaine dans 50 gares d'Ile-de-France, fournir 100 000 tests antigéniques aux infirmières des lycées. Il faut réagir très vite. Je souhaite aussi que nous puissions former les titulaires d'un brevet de secourisme qui voudraient aider à réaliser des opérations de dépistage. Il faut également mener des actions spécifiques pour les sans-abri du métro qu'il faut tester et mettre à l'abri. Pour mener toutes ces batailles, l'Ile-de-France comme les autres régions ont besoin du feu vert de l'Etat.

Y a-t-il d'autres sujets sur lesquels il faut agir ?

Il y a évidemment un sujet concernant le personnel soignant. Nous souhaitons que les instituts des soins infirmiers qui dépendent des régions soient en ordre de bataille pour former du personnel afin de venir en appui des soignants. Il faut aussi former des demandeurs d'emploi, pour qu'ils puissent pratiquer des tâches non spécialisées en hôpital. Globalement, il faut que l'Etat nous laisse être plus libres ! Il faut davantage d'agilité, en finir avec une bureaucratie qui nous empêche d'agir.

D'un point de vue économique, que peut-on faire de plus ?

La région a déjà mis en place un chèque numérique pour les artisans et commerçants qui veulent développer le e-commerce, pour que les restaurants puissent faire de la livraison à domicile. De son côté, le gouvernement fait déjà beaucoup sur la question des charges des entreprises, mais il y a peut-être autre chose où il est possible d'agir : ce sont les loyers. C'est un gros sujet pour les entreprises, notamment dans la restauration. Pourquoi pas imaginer un crédit d'impôt pour les bailleurs qui renonceraient à percevoir leurs loyers (NDLR : la mesure va être mise en place pour les bailleurs qui acceptent de réduire les loyers)? Il faudrait aussi revoir la liste des commerces de première nécessité, je n'ai pas compris que nos libraires ne soient pas inclus dedans.


Qu'allez-vous faire du côté des transports ?

Nous allons adapter l'organisation des transports, comme nous l'avons fait depuis le couvre-feu. Nous allons regarder l'évolution de la fréquentation, et réunir les associations d'usagers pour décider en concertation. Il faut pour que toutes les personnes qui continueront de se déplacer pour travailler puissent le faire dans des bonnes conditions.