« Notre héritage, c’est d’agir, de rénover la France, au vu des défis de notre temps »



Discours de Valérie Pécresse à l'occasion des 60 ans de la Constitution de la Vème République

Monsieur le Président de la fondation Charles de Gaulle, Jacques GODFRAIN,

Monsieur le président de l’amicale gaulliste du Sénat, Sénateur de Haute Marne, Charles GUENE,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Monsieur le Maire de Colombey les deux églises, Pascal BABOUOT,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Chers compagnons,

« Qu’ai-je fait? J’ai rétabli la République chez elle »

C’est avec émotion, fierté, et c’est avec espoir/ que je prononce aujourd’hui, 60 ans après, ces mots du Général de Gaulle. Alors que la France avait été reniée, trahie /que la République était menacée, fragile/ alors que le peuple Français aspirait à vivre libre, dans un pays prospère et stable/ le Général de Gaulle offrit à la France son avenir. Il lui offrit une Constitution nouvelle pour revivifier la République.

C’est avec émotion que je me tiens à l’endroit même où peut-être, la République se sent « le plus chez elle ». En tout cas, à cet endroit où les Républicains sont chez eux, parce que nous sommes chez le père fondateur de la Vème République, la nôtre.

Je suis fière de célébrer avec vous tous, chers amis, une Constitution singulière, à la mesure de la France, établie « sur mesure » pour les Français. Je suis fière de m’inscrire dans la lignée des femmes et des hommes qui ont servi cette République.

Je suis aussi pleine d’espoir. Je suis sûre que la France est encore appelée à un avenir aussi brillant que son passé. Je forme le vœu que toujours, sur tout le territoire, la République « soit chez elle ». Que son autorité, que sa loi soit respectée dans chaque quartier, dans chaque commune, en Métropole comme dans les Territoires d’Outre-Mer. Et s’il le faut, je sais que chaque Française et que chaque Français sera toujours prêt à la défendre.

La Constitution instituant la Ve République a fondé la France que nous connaissons, notamment la France du suffrage universel pour élire le chef de l’Etat, de la séparation des pouvoirs, de l’indépendance de la justice. Nous voulons naturellement honorer celui qui en fut l’inspirateur. Célébrer son dévouement. Sa conception exigeante de l’État et de l’action publique. Son volontarisme politique. Nous voulons l’honorer chez lui, parce que son caractère, sa force d’âme, sa pugnacité sont nés ici – et je remercie Jacques GODFRAIN qui nous permet ce « pèlerinage républicain ».

Nous voulons d’abord faire mémoire de l’ère nouvelle inaugurée le 4 octobre. En pleine crise politique, alors que se succédaient les ministres, que le Parlement se perdait dans des débats stériles, qu’une crise économique s’installait pour durer, de Gaulle refusa de « remédier provisoirement » à cette impuissance collective. Il se donna plutôt comme mission, je cite d’« instituer un régime qui, tout en respectant nos libertés, soit capable d’action et de responsabilité. »

Le résultat que nous connaissons, ce fut l’équilibre entre une nouvelle conception du gouvernement, avec un exécutif fort et la protection des libertés individuelles ; l’alchimie inédite d’un régime qui n’est ni complètement présidentiel – pour éviter que se lèvent des tyrans - ni absolument parlementaire – pour éviter l’instabilité d’un régime qui parlerait beaucoup et peinerait à agir. Ce nouveau régime devait, je cite « doter la France d’une République capable de répondre de son destin », d’un Etat « instrument de l’unité française » et d’un chef d’Etat qui exerce « une fonction d’arbitrage national » au-delà de « l’écume des événements ».

Sachons reconnaître notre dette. Je la vois dans la stabilité extraordinaire de la Ve République, dans la flexibilité inédite d’une Constitution, qui a pu s’enrichir au gré des révisions, sans jamais perdre son âme. Guy Carcassonne avait l’habitude de dire « une bonne Constitution ne peut suffire à faire le bonheur d’une Nation. Une mauvaise peut entraîner son malheur ». Il faut dire qu’il avait sous les yeux la meilleure illustration de cette maxime.

Charles de Gaulle fut donc un réformateur. Non seulement en forgeant une nouvelle Constitution, en s’aidant des plus grands esprits, des plus novateurs, pour la rédiger – j’ai une pensée particulière aujourd’hui pour Michel Debré. Mais il fut aussi un réformateur à bien d’autres égards. A la Libération d’abord, grâce à lui, la France devint plus juste, avec le vote des femmes et la sécurité sociale. Puis sous son égide, la France sortit plus forte de la décolonisation et du passage au nouveau franc. Enfin, grâce au Général de Gaulle, la France sortit plus grande en donnant de l’altitude à la réconciliation avec l’Allemagne et à la construction européenne.

L’esprit de réforme qui l’animait était irrigué par un cap, une vision. C’est pour cela que qu’il préférait au mot « réforme », trop isolé, l’idée de « redressement » - comme le capitaine redresse la barre d’un navire à la dérive. Il y ajoutait la perspective du « renouveau », en expliquant, je cite : « Les moyens du renouveau, ce sont l’Etat, le progrès, l’indépendance. »

L’Etat, à condition qu’il ait suffisamment de « force, de constance, de prestige, pour conduire la nation ». Le progrès, pour que nous ne devenions pas, ce sont toujours ses propres mots, « un peuple périmé et dédaigné » parce que nous n’aurions pas « évolué assez rapidement dans les domaines scientifiques, économique et social ». Je rajouterai aujourd’hui, si nous étions à la traine de la révolution technologique et de l’intelligence artificielle, et je pense que de Gaulle ne m’en voudrait pas. Le troisième « instrument du renouveau », c’est l’indépendance, enfin, qui doit se traduire encore et toujours par la reconquête industrielle, financière et agricole de la France.

Dans son discours de Bayeux, en 1946, de Gaulle reprit le mot fameux de Solon, le législateur antique. A la question « Quelle est la meilleure Constitution ? », le sage répondait : « Dites-moi d’abord /pour quel peuple /et à quelle époque ? » C’est pour cela que le peuple Français reconnaît sa Constitution comme la meilleure parce qu’elle a fait de la France, une « démocratie moderne ».

Une démocratie qui résiste aux communautarismes, qui protège la Laïcité, l’égalité devant la Loi, la fraternité, ces valeurs qui nous font vivre.

Et maintenant, on va où ? Qu’allons nous faire de cet héritage ? Je crois que notre héritage, c’est d’agir, de rénover la France, au vu des défis de notre temps. Pour que les Français vivent mieux. Pour que la France reste une et indivise. Pour que la France demeure une des premières puissances du monde. Cet héritage nous oblige à refaire, chacun, le serment d’accompagner l’avenir, et d’aider chaque Français à conquérir le sien.

Le 19 mai 1958, alors que la France titubait, Charles de Gaulle s’exprima, pour dire qu’il acceptait de revenir, de sortir le pays du désastre. Il finit son allocution par ces mots : « J’ai dit ce que j’avais à dire. A présent, je vais rentrer dans mon village et m’y tiendrai à la disposition du pays. » Nous sommes dans ce village, et si sa silhouette ne surgira pas au coin d’une rue, marchons dans ses pas, « engagés par ce contrat que la France du passé, du présent et de l’avenir [nous] impose. »

Vive la Constitution !

Vive la Ve République !

Vive la France !

Je vous remercie.